He's like ...

Vous n'êtes pas en train de rêver, ce n'est pas non plus la fatigue. Il y a bien un nouvel article avec un nouveau chapitre. Je vous supplie à genoux de me pardonner pour tout ce temps sans nouvelles. Je n'aurais pas de justification mais je vous autorise à m'en vouloir pour ça.
Je vais essayer de changer un peu la déco du blog, c'est terne et froid. Plus vraiment au goût du jour.
Comme je reprend l'écriture, celles qui veulent être prévenues, penser à me le faire savoir, sinon je vais laisser une note ici chaque fois qu'il y aura du nouveau, histoire de vous éviter d'aller voir à la fin du blog à chaque fois.
Si vous avez des questions, n'importe lesquelles, sur la fiction ou d'ordre privé vous avez le droit de les poser, je ne vous mangerais pas. Sur ce...Bonne rentrée à toute &bon anniversaire au grumeaux.
May'
Deuxième partie. #1 #2 NEW!


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- On ne se souvient du début, mais on sais que ça à commencé. Un jour. -




_____Il neigeait. L'allée entourée de deux rangées d'arbres nus rayonnait. Le tapis de neige avait recouvert les pavés gris et froids et les rayons du soleil faisaient de ce simple chemin de traverse un passage au Paradis aussi lumineux que glaciaire. Il fait froid en Haut et chaud en Bas.
Le silence régnait, ici et partout aux alentours. Le jour se levait juste sur ce petit village du Nord de la Suisse. Les oiseaux, depuis longtemps avaient migrés vers le Sud, et comme à chaque levé du soleil depuis plusieurs semaines, ils ne chantèrent pas non plus ce matin là.

[...]




_____Il était dix-sept heures. Et personne n'avait daigné emprunter l'allée couverte de neige. Tout était calme. Jusqu'à ce qu'elle arrive.
Du bout du chemin, on ne la distinguait presque pas. Pourtant elle était là. Elle sembla hésiter une fraction de secondes avant de laisser ses Doc Marten's vernies noires s'enfoncer dans la neige, écoutant avec délice le crissement qui fit celle-ci au moment où ses chaussures glissèrent légèrement dans l'épais manteau blanc. Elle avança, comme dans un rêve. Elle était seule, elle était belle et bel et bien debout dans ce Monde qui crève.
_____Sa tenue contrastait avec l'aura du paysage qui l'entourait, pourtant elle paraissait dans son élément. Ses cheveux, coupé en un carré courts dégradé vers l'avant, étaient teints en un noir tirant sur le bleu. « Noir pétrole » avait-elle demandé à la coiffeuse. Une raie sur le côté laissait une large mèche aux couleurs rouge, rose, blanc et violet masquer largement la partie gauche de son visage. Son unique ½il visible, cerné à grands coups de crayon noir et d'eye liner ressortait de par sa couleur violette. « Le bonheur des lentilles » avait-elle répondu aux curieux. Des courbes manuscrites, comme dans les abbayes, des arabesques, retraçaient les contours de sa pommette et allaient se perdrent sur le haut de sa tempe. Une grosse chaîne ocre, rattachée par un cadenas en argent pendait à son coup. Le casque de son mp3 s'y superposait depuis peu. Elle l'avait enlevé en voyant la neige, préférant le bruit de la neige aux paroles du chanteur. Prise de vitesse, elle n'avait éteint l'appareil et la musique résonnait encore dans les écouteurs. Elle avait rabattue la capuche aux oreilles d'ourson de sa polaire blanche sur sa tête, tentant par la même occasion de rentrer ses mains au maximum à l'intérieur de ses manches, jurant que la prochaine fois, elle penserait à prendre des gants et une écharpe. En effet elle n'était que trop peu vêtue pour la saison. Sa jupe noire en Jean's et les collants opaques tous aussi sombres, ne lui apportaient aucune chaleur. Seule peut être l'unique chaussette montantes rayée noire et rouge, aurait pu lui en procurer.
La chaîne et la ceinture à clous en damier accompagnaient ses pas d'un tintement cristallin, presque inaudible.
Pour ce minuscule village où le maire aurait du partir à la retraite depuis longtemps et où la moyenne d'âge n'en était pas beaucoup plus basse, elle était un peu la bête de foire, l'attraction. Simplement parce qu'elle suivant son instinct, parce qu'elle paraissait différente. Parce qu'on la remarquait. Elle se détachait du lot. Les quelques jeunes du village l'avaient surnommée la C.E.N.G.P Pour cyber émo néo gotha punk, incapables de la décrire autrement. C'était triste, mais elle avait finit par s'y faire. Elle ne se retournait même plus lorsqu'elle entendait dans son dos murmurer « Hey regarde ! C'est elle ...la CENGP. »
_____Elle s'en foutait. Mais elle souriait. La neige recommença à tomber.


[...]

_____Et puis il y avait lui. Un jeune garçon, bloqué lui et ses trois amis, par la neige, forcé de s'arrêter dans ce trou perdu pour la nuit. Contraint de loger dans un minuscule hôtel. Mais l'enfermement avait eu raison de lui, et en cette fin d'après-midi, il fini par sortir de bout de son nez, laissant derrière lui ses trois amis sous leurs couvertures ou pianotant sur leur ordinateur.
Le voyage avait déjà été suffisamment épuisant. On lui barrait une nouvelle fois la route.
La chambre n'était que très peu chauffée, la gérante de l'hôtel, septuagénaire depuis de nombreuses années, avait d'ailleurs été surprise au plus au point de voir arriver des clients. Sept au total. Le plus « passe partout » d'entre eux se présenta comme responsable, deux autres adultes, si grands et baraqués que sa première pensée fut celle de se demander si la mafia ne débarquait pas. Venaient ensuite quatre jeunes garçons aux look différents, l'un semblait costaud, le second était un petit blond, quant aux deux autres ... « Des amis de la jeune CENPG » avait-elle pensé. L'un flottait dans des vêtements étrangement trop grands, l'autre ...il lui fallu du temps pour se convaincre qu'il était bel et bien un homme.

_____« S'ils savaient qui je suis... » Songea l'androgyne à l'instant où il s'engagea dans l'allée saupoudrée de sucre glace.
Marchant la tête baissée, ressassant ses idées noires, pestant contre lui-même et le monde entier, il ne remarqua pas immédiatement cette fille qui avançait dans le sens inverse de sa destination inconnue.

_____Pourtant, lorsqu'il entendit son rire, son sang ne fit qu'un tour et une lueur perdue se ralluma au fond de ses prunelles chocolat.
« Oh mein Gott. Quelqu'un qui ne semble pas encore avoir dépassé l'âge de la ménopause ! »
En effet, ce trou à rat aurait pu être composé à cent pour cent de vieilles peaux que cela ne l'aurait pas étonné. On aurait même pu croire que les habitant accordait la couleur de leurs cheveux avec celui du ciel. Gris. Blanc. Poivre et sel. « C'est une ville maison de retraite ici ou quoi ? » avait même élégamment fait remarquer son frère.
A cette pensé, il sourit. Puis reporta son attention sur la drôle de créature qui avançait vers lui. Elle ne l'avait toujours pas vu. Il put donc aisément l'observer. Détailler chaque parcelle de sa personne. Il fut surpris de se rendre compte qu'elle était peut être même plus jeune que lui, s'habillait d'un style bien marqué et observa son courage malgré cette « différence » de vivre ici.
Il repensa alors à sa propre vie. Quelques années plus tôt, il avait eu droit à toutes ces remarques qui devait aussi pleuvoir sur cette fille aujourd'hui. « Maintenant c'est terminé. On n'osera plus jamais se moquer de moi comme on l'a fait. »
Un sourire de satisfaction diabolique naquit sur ses lèvres.
Soudain, un éclair de lucidité lui remit les pieds sur Terre.
« Et si elle savait qui je suis ? »
Et toute l'adrénaline emmagasinée en lui à la vue de cette fille retomba. Mais il ne rebroussa pas chemin, au contraire, il avança la tête haute et d'un pas qui se voulait ferme.
« Non, elle ne sait sûrement pas... »

# Posté le jeudi 17 janvier 2008 13:51

Modifié le lundi 01 septembre 2008 16:01

He's like an Angel ...

_____On se serait cru dans un film à l'eau de rose des années quatre vingt dix. Avec cet air de violon, ces pétales de roses tombant de nulle part et cette lumière éclatante. Mais ici les flocons de neige remplaçaient les fleurs et c'est sur un air de Good Charlotte qu'avançait l'adolescente. Seule la Lumière était la même. « Like in a Dream », susurra-t-elle comme si elle confiait son secret à la Nature.

_____Il avançait d'un pas régulier, mais le temps semblait s'être arrêté. La neige recommença à tomber.
Il la vit sourire. Extirper sa main de sa manche. Il lorgna sur sa magnifique manucure extravagante. Et s'attendrit même en la voyant recueillir des flocons tombant du ciel au creux de sa main. « Wo Sind Eure Hände » pensa-t-il sans vraiment en avoir conscience.
Sans comprendre pourquoi, son regard ne pu se détacher de cette jeune fille. Même lorsque celle-ci releva enfin la tête pour plonger son unique ½il dans les siens. Violet. Etrange. Classe.

_____Son épaule lui faisait mal. La bretelle de l'étui de sa guitare pesait sur son dos, la sangle appuyait de façon violente sur son épaule, la forçant à croire que la bretelle de ses sous-vêtements allait définitivement s'ancrer dans la chair. Elle esquissa une grimace.
Cette guitare qui lui avait demandé tant de travail. La fortune qu'elle avait dépensée pour l'avoir. « A la sueur de ton front » avaient fait remarquer ses proches. Le Bonheur qu'elle ressentait à chaque fois qu'elle la sortait de son étui. Et l'extase qu'elle éprouvait lorsqu'elle laissait glisser ses doigts sur les cordes. Mais surtout, oh oui combien elle jouissait de pouvoir lire la jalousie dans les yeux des autres. Car ce n'était pas une guitare. C'était la guitare.

_____Emportée dans ses pensées, elle continua de marcher, le cou rentré dans ses épaules, la tête penchée en avant.
Le temps avait raison d'elle, la neige s'infiltra dans son tee-shirt et vint fondre sur sa peau brûlante. Une enfance lointaine la submergea. Tendant sa paume vers le ciel, elle captura un flocon de neige puis l'observa fondre au creux de sa main. Elle se serait même presque aventurée jusqu'à lancer sa tête en arrière, bouche grande ouverte pour gober ces cristaux blancs, si elle ne l'avait pas remarqué à cet instant. Lui.

[...]

_____Lui ? Effectivement il semblerait bien qu'il soit un homme. Jeune. Peut être à peine plus âgé qu'elle. Alors comme si la glace avait été brisée, elle ne su plus que faire, le regarder, l'ignorer, sourire, quelle démarche adopter. Elle perdit tous ces moyens. Cette sensation étrange de se retrouver seule avec un inconnu dans un lieu bizarre ne la rendait que plus mal à l'aise encore.
Pourtant elle ne laissa rien transparaître. Elle continua à marcher, la tête baissée sur ses pieds, trouvant la neige soudainement encore plus belle qu'auparavant. Un mince sourire naquit sur ces lèvres.« Qu'est ce qu'un oiseau pareil fiche donc ici ? Il est tombé de son nid ou quoi ? Où peut être bien que les autres ne l'ont pas attendu pour migrer. Il aurait donc atterrit ici... Si ça se trouve son GPS est tombé en panne... !
»
_____En pleine réflexion intérieure, elle croisa le jeune homme sans s'en apercevoir.
Il ne l'avait pas arrêtée. Ni saluée. D'ailleurs pourquoi l'aurait-il fait ? Ici, on ne lui disait pas bonjour lorsqu'on la croisait dans la rue. On la scannait du regard. On la jugeait. On la dévisageait. On l'enviait.
Lui était différent. Dans tous les sens du terme. Au fond, il était comme elle. Du moins en apparence. Ses vêtements serrés, ces accessoires gothiques, et ce visage. Enfantin, juvénile, pur, efféminé. Ce visage aux courbes parfaites, sans impuretés et au teint si clair. Des yeux chocolat, presque aussi cernés de crayon que les siens. Une coloration noire, des cheveux longs retombant dans son cou. Il avait un style bien à lui, comme elle. Tout portait à croire que ces vêtements avaient été taillés dans l'immense manteau sombre de la Nuit. Un ange déchu errant sur la Terre. « Envoûtant
» avait été la seule description qu'elle réussi à faire de lui. Voir tout ça en l'espace des infimes secondes pendant lesquelles elle l'avait fixé à son insu, si surprise de croiser une âme en peine si jeune dans ce village d'anciens. Physionomiste. Oui elle l'était. Enormément d'ailleurs. Et jamais elle ne se trompait.

_____Son dos fut parcouru d'un long frisson qu'elle chassa d'un mouvement d'épaule. Soulagée, un soupir inaudible s'échappa de ses lèvres prisonnières du froid. Elle laissait le jeune homme dans son dos.



- « Attends ! »

# Posté le dimanche 20 janvier 2008 14:47

Modifié le jeudi 24 janvier 2008 14:10

He's like an Angel coming from Heaven ...

_____- Zut ! siffla-t-elle entre ses dents.

_____Elle se retourna. Il plongea son regard dans le sien. Puis le dévia presque aussitôt.



_____Durant de longues secondes il avait hésité. Je l'aborde ? Ou pas ? Elle à l'air antipathique. Au fond peut être pas. « Ne pas se fier aux apparences. » C'est ce qu'il répondait à ceux qui, un jour ou l'autre finissaient par lui dire « Mais en fait t'es... Normal ! » Quelle bande de crétins.
Alors avant qu'il ne réalise ses gestes, il s'était retourné, avait trottiné dans la neige vers elle ...

_____Attends !»
_____Maintenant elle le regardait. Sans aucune expression sur le visage. Elle resta silencieuse. Le questionnant du regard. Il avait l'air vraiment idiot, essoufflé par les quelques mètres qu'il venait de parcourir en courant. Courbé en avant, les mains appuyées sur ses genoux, haletant, tentant vainement de reprendre sa respiration.
_____Un Ange passa.

_____Elle sourit. Faiblement. Mais néanmoins la commissure de ses lèvres s'étira légèrement.

_____- « Je m'appelle Bill.
Elle ne répondit pas, comme si elle attendait la suite.
_____- Je ...mes amis et moi ...on est pas d'ici. Et ...la neige nous retient bloqués.
_____Silence de l'autre côté. Il se sentit soudain vraiment inutile. Ce regard. Il en crèverait. Tellement profond. Aussi vaste que l'Univers. Elle ne cilla pas.
_____- On risque d'être coincés encore quelques jours et... enfin je t'ai vue ... Les jeunes, ça à l'air rare par ici ...
_____Son c½ur se renversa. Elle venait de se mettre à rire. Un son unique, cristallin, pur. « Gagné » songea-t-il. « Cette fille est donc bien humaine. »
Une seconde fois son organe vital manqua de ne plus lui être d'aucune utilité. Elle parla.
_____- C'est vrai que ce n'est pas vraiment la joie. Mais au fond ces vieux croûtons ne sont pas méchants. Juste un peu conservateurs ...
_____Sa voix. Inhabituelle pour une fille. Grave, suave, chaleureuse, telle un murmure. Ce genre de voix qui vous détend, vous transporte vers un autre monde et vous réchauffe l'Ame.
_____- Je ...comme ...euh ...cette guitare ...un de mes amis ...
_____Haussement de sourcil de sa part. L'incompréhension se lisait sur son visage.
Il inspira profondément et déclara d'une traite :
_____- Un de mes amis joue de la guitare. Alors en voyant la tienne ...enfin j'ai pensé qu'au lieu d'attendre la mort chacun de notre côté ...on pourrait se revoir ...
_____Il crispa les épaules, comme lorsque l'on s'attend à être frappé. Il redoutait la réponse qu'elle lui donnerait.
Durant un instant qui lui parut une éternité, rien ne se passa. Seul le vent qui s'était mis à souffler, s'engouffrant dans l'allée leur caressa les tympans.
_____- T'as un portable ?
_____- Je ...pardon ? répondit-il abasourdi.
_____- Ton numéro de téléphone, insista-t-elle.
_____Elle fouilla dans son sac en bandoulière, un splendide Death Note original en cuir blanc gratifié d'un volumineux L en lettre gothique, d'une tête de mort et d'un phrase très évocatrice : « The human whose name is written in this note shall die. » Elle en sortit un téléphone de marque américaine, introuvable en Europe, sûrement acheté sur Internet. Un T Mobile SideKick2. Celui dont Bill avait toujours rêvé.
Lorsqu'elle releva la tête, il n'avait toujours pas calculé qu'elle attendait une suite de chiffres qui lui permettraient de le joindre. Elle se racla légèrement la gorge, amusée.
_____- Pardon ! s'empressa-t-il d'ajouter, c'est le 06 76 02 27 95.
_____- Bill ...06 76 ...Merci.
_____- Passe moi le t...
_____- J't'appellerais ! dit-elle en commençant à s'éloigner, lui faisant un léger signe de main
_____- Mais ...

_____Elle ne l'entendait plus, elle avait déjà tourné au coin de l'allée, s'enfonçant dans une ruelle qui commençait à se faire sombre, le jour tombait.
Bill eut juste le temps d'apercevoir un énorme écusson des Sex Pistols cousus sur la house de la guitare. Juste à l'emplacement de la marque de la dite guitare. Et merde. Son frère allait encore le traiter d'incapable de ne pas avoir su se renseigner sur l'instrument. « Je suis chanteur, moi, pas guitariste » s'excusa intérieurement le jeune persécuté. « Et puis en plus, si ça se trouve, c'est une basse... » Bougon, il retourna à l'hôtel après s'être perdu plusieurs fois dans le froid, errant dans les rues grises et monotones.


[...]

_____- Mais c'est quoi cet endroit ? T'es sûr que c'est là ?
_____- C'est archi glauque les mecs.
_____- Bill, je te connaissais nul en orientation, mais pas à ce point là.

_____Dépité, un peu effrayé aussi, le jeune brun sorti son téléphone et relu une énième fois le message qu'il avait reçu le jour même aux alentours de quatre heures du matin. « A quatorze heures, dernière maison après l'allée où on s'est croisés. Celle avec le portail en fer forgé. » Pas de nom, ni aucune quelconque forme de politesse. Malgré tout, Bill avait su reconnaître l'expéditeur : parfaitement raccordé au ton du message, et à l'endroit où ils avaient atterrit. En sonnant à une heure aussi matinale, le téléphone avait réveillé les quatre garçons, et l'un d'eux avait du s'excuser longuement, puis exposer une cargaison d'arguments pour que les trois autres acceptent une pareille invitation. Tout ça au beau milieu de la nuit. Le matin même, comme prévu, chacun était d'une humeur massacrante. « Cette fille est vraiment cinglée. »

_____- Regarde, puisque tu es si intelligent ! rétorqua l'androgyne en brandissant son portable devant le visage de son ami.
_____- Hm ...
_____- Mais dit moi c'est très constructif comme réponse mon cher !
_____- Pas besoin d'être si hautain abruti, je vois bien que c'est là ...
_____- T'es tombé sur quelqu'un de pas commun, ça c'est clair. T'as beau être mon frère, certaines de tes fréquentations sont super bizarres ...
_____- Bizarres ? Nan mais tu t'es vu ? Tes fringues sont tellement larges qu'on doit pouvoir tenir tous les quatre dedans ...Et sans y être à l'étroit !

_____Durant toute l'étendue de cet échange ô combien instructif entre trois jeunes hommes, les dernier, un petit blond aux cheveux courts, observa le portail dont il était question plus haut. Une immense grille en fer rouillé par les années, et en guise de décoration, deux ailes d'Ange avaient été ajoutées. Le jardin que l'on apercevait entre les barreau se révélait être un champ de la désolation. A croire que tous les être vivants présents s'étaient réfugiés le plus loin possible. L'herbe, recouverte de givre, en était presque devenue bleue, les arbres, nus de leurs feuilles, aux branches crochues et aux formes étranges, semblables à des membres sortis de terre, mouraient doucement. Mais l'élément phare de cette propriété, était de loin le plus effrayant.

_____- « La dernière maison », on dirait plutôt un manoir hanté ...

_____La bâtisse, couverte en partie de lierre, menaçait à tout moment de tomber en ruine. Les murs étaient gris, le contours des fenêtres blanc cassé, ne laissant rien transparaître de ce qu'il se tramait à l'intérieur. Pas tant par leur saleté, mais parce qu'elles ne montraient que l'envers d'épais rideaux de velours pourpre. La porte, située au centre, était plus ou moins cachée par un auvent, bien qu'elle eu fallu monter quelques marches pour l'atteindre. Sa couleur accentuait l'esprit positivement excentrique de ce lieu : rouge sang. Le toit de tuiles noires reposait sur les murs comme le poids du Monde sur les épaules d'Atlas.

_____Ils avaient fini par se taire, debout en ligne devant ce portail si intimidant, nul ne parlait. Le Silence régnait à nouveau en maître. Aucun d'entre eux ne voulu se résigner à sonner. C'est alors qu'un grincement à en faire fuir la Mort en personne, les sortit de leur torpeur. Les deux ailes se séparèrent et lentement le portail s'ouvrit.

*


_____C'est sur un coup de tête, en pleine nuit, qu'elle décida d'accepter de le rencontrer, lui et ses amis, pour de bon et pas en coup de vent cette fois ci. Longtemps elle réfléchis avant de se jeter dans une pareille idiotie. Bien sur, elle avait des amis, bien sur, elle les aimait, eux aussi. Mais étant friande de nouvelles rencontres, elle se sentait malgré tout seule au milieu de ces trois garçons avec qui elle partageait sa vie. Toujours ensembles, elle n'éprouva cependant jamais le manque de compagnie féminine. Etre la seule reine au milieu de ces hommes la satisfaisait au plus haut point. Pas qu'elle soit réellement dominatrice, mais elle possédait un fort caractère et l'attention qu'ils lui portaient représentait pour elle une forme de respect. L'impression d'être importante sans en avoir l'air. Le seul Ange en Enfer.


[...]


_____Une immobilité parfaite. Voilà ce qui animait les jeunes gens. Aucun ne bougea, pétrifié sur place. L'envie de s'enfuir à toute jambes le plus loin possible, et la peur les forçant à s'enraciner dans le sol goudronneux. Deux forces surpuissantes diamétralement opposées s'affrontaient, mais l'une complétait l'autre, sans parvenir à prendre le dessus.
_____De loin, ils virent la lourde porte s'ouvrir. Elle sortit sur le perron, habillée de blanc, le vent soufflait dans sa jupe à froufrous. Pieds et bras nus. Un fantôme, c'est ce à quoi on aurait pu la comparer à cet instant. Pourtant un lueur bien vivante luisant dans ses prunelles. Et celle-ci n'aspirait à rien de malsain. Malheureusement trop éloignés, aucun ne la vit, cela leur aurait peut être cependant apporté un peu de courage.
_____Le temps d'une bataille intérieure avec lui-même, l'androgyne se demanda s'il ne s'était pas réellement trompé de maison, d'endroit, de jour, de fille et même de Vie. Dans quoi est ce qu'ils les avaient embarqués ?

_____- « Quand faut y aller ...faut y aller, souffla-t-il pour lui-même, sachant pertinemment que les trois autres l'entendait.

_____D'un pas hésitant il entra dans la propriété, suivi de près pas ses acolytes. Chacun avançais d'un pas se voulant sur, espérant afficher un air décontracté et important. Drôle d'illusion. Ils semblaient tellement petits sur ce chemin gris menant à ...à quoi ? La question frappait à grands coups dans leur tête, ricochant sur leur boîte crânienne sans pouvoir trouver de réponse. L'inconnu est effrayant, particulièrement si l'on n'y est pas habitué. Mais personne ne l'est. Comment pourrait-on s'habituer à quelque chose que l'on ne connaît pas, à laquelle on ne s'attend pas. Quelque chose que l'on n'imagine même pas.
_____Arrivés au bas des marches, elle leur adressa un large sourire éclatant. L'atmosphère se détendit.
_____- Salut ! lâcha-t-elle d'une voix mélancolique.
_____- Salut, répondit Bill sur le même ton.

_____Les autres ne pipèrent mot. Un, deux, trois roi du Silence. Ils n'y avaient jamais été très forts, jusqu'ici. Cette fille inspirait la classe, le respect, elle intimidait. Même le plus prétentieux du groupe ne s'hasarda pas à la détailler tant il redoutait que la foudre ne lui tombe dessus ...ou quoi que ce soit d'autre.
_____Elle marqua une pause, s'autorisant à regarder les autres personnes venues avec Bill, tous très différents les uns de autres, difficile de croire qu'ils formaient un groupe d'amis. Voyant que rien ne se passait, elle haussa les épaules et d'un ton enjoué complètement différent de celui avec lequel elle les avait accueillis, elle les invita à entrer.

_____Elle les conduisit au travers d'un salon avant de s'arrêter devant une porte rouge. Contrairement à l'apparence extérieur, l'intérieur de la maison se révélait être très moderne. L'ambiance y était des plus habituelle, des portraits photos sur les murs, canapé moelleux, coussins aux couleurs chatoyantes, téléviseur ...un salon de plus banal. Si l'on excluait le chat noir qui vint se faufiler entre les jambes des invités, les faisant sursauté au passage pour aller se frotter aux jambes de se maîtresse.
_____- Vous en faîtes pas, Nuit n'est absolument pas un chat de sorcière, ses moustaches sont blanches ...

_____Elle poussa la porte et ils se retrouvèrent dans une grande salle aux murs qui avaient du être blancs un jour, aujourd'hui recouverts de tags, graffitis, mots et posters. Trois immenses canapés étaient disposés autour d'une table basse, un bar installé dans un coin, des amplis, des guitares, des étuis, une batterie, des micros et une ribambelle de câbles, jacks et autres technologies finissaient de parfaire la décoration.
_____Trois garçons leur tournaient le dos, l'un d'eux, accroupis devant une chaîne hi-fi, l'autre debout juste à côté et le dernier farfouillant dans une gigantesque pile de CD. Les deux premiers, en pleine discussion pour le moins violente sur le fonctionnement fastidieux de la machine, parlaient tellement forts qu'ils ne les avaient pas entendu entrer.
_____- STOOOOOOOOOOOOP !

_____Un silence suivit. La jeune fille sourit aux trois garçons qui venaient de se retourner. Ils se levèrent et s'approchèrent d'elle. Apercevant les quatre inconnus, l'un d'eux passa ses bras par-dessus les épaules de l'unique présence féminine. Il la dépassait d'une bonne tête, ses cheveux bruns foncés, bouclant très légèrement, lui retombaient sur les épaules, comme son amie, une mèche lui barrait le visage, sa peau un peu mate faisaient ressortir ses yeux, vert extrêmement clair, presque translucide. Il portait un jeans un peu large et un pull d'une marque de surf noir. Le second, tout aussi grand, aux cheveux plus courts et châtains, les yeux marrons, arborait un style plus sketteur, un baggy noir, un tee-shirt long, un air décontracté. Le genre de mec qui fait craquer les filles sans lever le petit doigt.
Le dernier, un blond aux yeux bleus, avait tout du parfait séducteur ; chemise blanche sortant négligemment de son pantalon, ouverte sur le haut du torse, laissait apparaître une chaîne en argent. Une large mèche lui couvrait une partie du visage. S'ils n'avaient pas été des amis, on aurait pu croire que c'était de famille. Un air jovial éclairait son visage parfait. Aucune once de supériorité n'apparaissait en lui comme on aurait pu le prétendre.
_____- Les mecs, je vous présente Bill et ...euh...
_____- Tom, continua celui aux dreads et aux fringues trop larges.
_____- Gustav, enchaîna le blondinet, le plus petit des quatre.
_____- Georg, termina celui qui semblait de loin le plus baraqué, lui aussi adoptait la mèche attitude, ce qui fit sourire la jeune fille.
_____- Enchanté, moi c'est Maxime, répondit celui qui portait un baggy, serrant chaleureusement la main des nouveau.
_____- Moi c'est Flo, se décoinça enfin celui qui tenait maintenant par la taille son amie pour saluer à son tour les arrivants, puis leur adresser un sourire.
_____- Et moi c'est Noé !

_____Tous se tournèrent vers la jeune fille qui regarda alternativement chacun des sept garçons qui se tenaient devant elle. Le gène aurait pu se faire rapidement ressentir si la chaîne ne s'était pas décidée à soudainement se mettre en route, projetant le son de The Birthday Massacre sur les murs de la pièce.
Elle jeta un regard haineux sur l'appareil puis se tourna vers Maxime, un sourire psychopathe sur les lèvres.
_____- Ne me dit pas que tu as osé trafiquer ma chaîne, lâche-t-elle d'un ton innocent.
_____- Très bien je ne te le dis pas alors, répondit-il l'air narquois.
_____- T'es irrécupérable. Débrouille-toi, moi je sais pas comment elle marche de toute façon !
_____- Ça tombe bien ...Moi non plus =D

_____Elle regarda son ami d'un air désespéré et éclata de rire. Autant dire qu'il paraissait impossible de prévoir ses réactions à quiconque ne la connaissant pas.
Elle se tourna vers Bill, Tom, Gustav &Georg.
_____- Faites comme chez vous hein, je vais chercher à boire !
_____- Attend je viens t'aider, se proposa Bill.
_____- Suis-moi.

_____Ils quittèrent la pièce et au moment de fermer la porte elle pu entendre les garçons commencer à engager une conversation qui s'annonçait fort intéressante. Sans se tromper elle sut reconnaître la voix de Tom demander :
_____- Vous avez un groupe ?»

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 14:09

Modifié le samedi 02 février 2008 11:39

He's like an Angel coming from Heaven wandering between Devils &Earth.

_____Pendant ce temps, Bill inspectait chaque recoin du salon « officiel » de la maison. Il le trouvait très à son goût. Rien à voir avec l'extérieur de la maison, d'ailleurs il se demanda par quel magie celle-ci tenait encore debout. Cela devait se lire sur son visage puisqu'elle lui ajouta, tout en se dirigeant vers la cuisine :
_____- Etonnant non ? La façon dont on peut tromper les gens ? Ne t'en fais pas, les murs ne vont pas s'écrouler de sitôt !
_____- Ah bon ? il en regretta presque immédiatement cet élan de franchise. Une fois de plus elle sut lire ses sentiments comme s'ils s'inscrivaient sur son front.
_____- Tire pas une tête pareille ! Je vais pas te manger tu sais. Je te pensais un peu plus différents des autres. A cause, ou grâce, tout dépend du point de vue, de ton style. Je ne sais pas toi, mais tous les jours, on me juge sur mon apparence, sans me connaître. Beaucoup se fient tellement aux apparences qu'ils doivent croire que je vis avec soixante-douze chats, que je sacrifie des oiseaux ou encore que je suis adepte des promenade nocturnes au cimetière ...Alors quand ils ont su que j'habitais ici, ils ont du se mettre à croire qu'en plus de tracer des pentacles sur les murs, je devais mettre des bougies blanches partout et dormir dans un cercueil...
_____- La stupidité des gens est parfois vraiment intéressante à étudier.
_____- Evidement tous ces faits ne sont pas fondés, tu t'en rends bien compte... J'ai juste un chat noir.
_____- C'est original, mais il est super mignon ^.^
_____- En fait cette maison est la preuve matérielle que l'opinion publique ne cherche pas à comprendre, qu'elle juge sans connaître. Elle ne se contente que de regarder l'aspect extérieur. En réalité, cette maison est une espèce d'illusion. Il n'y a aucun trou dans les murs, et l'impression de ruine dehors n'est que le résultat d'un long travail de peinture.
_____- Waouh, je suis impressionné. C'est un vrai décor de cinéma ...
_____- C'est exactement ça. Mon oncle est décorateur. Il s'est entraîné avant d'avoir à le refaire pour un tournage. On peut dire que le résultat est plus que réussi...

_____Tout en parlant, elle avait sortit un énorme pack de Red Bull d'on ne sait où, ainsi que plusieurs bouteilles de soda et de jus de fruits. Elle en prit une partie sous son bas tandis qu'elle désignait le reste à Bill. Chargé comme des mulets ils retournèrent dans leur « studio » comme ils se plaisaient à l'appeler.
Quand ils entrèrent, les autres garçons étaient assis, ou vautrés sur les canapés et les fauteuils et discutaient musique. Elle sourit et déposa son butin sur la table basse. Elle alla chercher des verres derrière le bar et offrit à boire à tout le monde.
Lorsqu'ils furent tous installés, Tom, Georg et Noé dans un canapé, Gustav, Maxime et Flo dans un autre, Bill farfouillant dans la discothèque, et elle lovée entre les jambes de Flo, ils se mirent à parler, parler, parler encore et encore. De tout, de rien. De leurs vies, de leurs goûts. De cinéma, elle en était folle, elle découvrit que Gustav aussi. De musique surtout. Leurs références, leurs préférences. Longs débats en perspective, chacun défendait un avis différent.
Jusqu'à ce qu'un vibreur suivit de l'intro de Supermassive Black Hole by Muse retentisse dans la pièce. Grand silence.
Elle émergea difficilement des bras de Flo où elle commençait à s'endormir, toute engourdie elle chercha son téléphone à tâtons dans son sac, sous le regard effaré du public masculin.
_____- Allô ? déclara-t-elle sans grande conviction.
_____- ...
_____- Oui oui.
_____- ...
_____- D'accord.
_____- ...
_____- Hm. C'est pas grave.
_____- ...
_____- Bonne soirée. Bisous

Lorsqu'elle se tourna à nouveau vers eux, elle constata qu'ils l'observaient toujours, en particulier Bill, Tom, Gustav et Georg qui paraissaient étonnés au possible.
_____- C'était mon père, il ne sera pas là avant la fin du week end. J'ai la maison pour trois jours donc..., son ton se fit triste et monotone, ce n'était pas inhabituel semblerait-il.
_____- Aller viens là ! s'exclama Noé en écartant grand les bras, lui faisant signe de lui faire un câlin.
Elle alla donc se caler dans les bras de son ami, au chaud. Elle s'y senti immédiatement en sécurité. Comme si rien ne pouvait lui arriver. Pourtant, alors que l'épisode « téléphone » s'achevait, les quatre nouveaux persistèrent à la dévisager comme une bête sauvage. Ça l'agaça et, leur lançant un regard noir elle cracha :
_____- Quoi ? Vous voulez ma photo ? le ton sur lequel elle s'adressa à eux les surpris tous.
_____- Euh ...non, bafouilla Bill
_____- C'est juste que ..., tenta de rattraper Georg
_____- T'as parlé ...français ? se hasarda Gustav.

Elle percuta enfin. Ces mecs n'en parlaient apparemment pas un mot. Sans s'en apercevoir elle s'était adressée à son père en français, comme d'habitude. Mais ces quatre braves gens ne semblaient pas vraiment bilingues.

_____- Bah oui. C'est pas parce qu'on est près de l'Allemagne qu'on parle que Allemand. Vous n'apprenez pas le français à l'école ?
Gros malaise dans l'assemblée. Bill tritura le pan de son tee shirt, Georg fit mine de se recoiffer et Gustav s'effaça. Seul Tom ne se démonta pas.
_____- On est allemands.
_____- Ah. J'pensais que vous étiez de la région et que vous partiez en vacances je sais pas trop où, répondit-elle suspicieuse. Ses trois amis la suivaient, ils n'étaient pas convaincus, remarquant le gène occasioné, elle enchaîna. Mais ne parlons pas des choses qui fâchent, on à tous nos secrets hein !?
_____- C'est clair. On a bien commencé, on va pas plomber l'ambiance comme ça. Je vous offre quelque chose d'un peu plus sérieux qu'un coca ?
En disant ça, Maxime s'était levé et dirigé vers le bar, ouvrant tous les placard il sortit deux bouteilles de vodka, une de Passoa, trois bouteilles de rhum, de la bière et une bouteille de Malibu.
_____- Mais c'est la caverne d'Ali Baba ici ! Et moi qui croyait que ça tournerais au jus d'orange toute la soirée ! s'exclama Tom faussement choqué, mais l'étincelle dans ses yeux le trahi.
_____- J'vois qu'on à affaire à des amateurs, lança Noé sur un ton de défi.
_____- Alors là, tu va voir les maîtres à l'½uvre !
Les paris étaient lancés. La musique s'éleva un peu plus fort, les verres commencèrent à descendre et les sourires se firent plus grands et les joues plus roses.
Et elle ? Assise dans un fauteuil, elle aurait pu regarder ses sept grands cons délirer, parler fort et raconter leurs nombreuses conquêtes ...Mais non. En apparence si elle le faisait. Mais ses yeux voilés ressemblaient soudainement à ceux d'une aveugle, elle pensait, elle réfléchissait. Ses allemands, d'où venaient-ils, qu'est ce qui les avait mis mal à l'aise, pourquoi étaient-ils là, repartiraient-ils un jour ? Parce que oui, mine de rien, elle s'y attachait. Doucement. Malgré son apparence fermée, ses airs froids et ce qu'elle dégageait en public, elle n'était qu'une jeune fille parmi les autres.
Les heures tournaient et elle ne captait plus rien, petit à petit, les verres qu'on lui servait se vidaient. Lentement elle senti l'alcool s'écouler dans son sang... Elle n'avait plus conscience de rien depuis longtemps lorsque Tom vint la chercher pour la sortir de son coma et l'emmener danser. A partir de cet instant, elle ne vit que la fin de la soirée par flashs. Une musique parfaite pour se bouger, sept garçons devenus fou la faisant monter sur le bar. Elle qui danse. C'est provoquant, c'est sensuel, c'est aguicheur. Et après ? Elle ne s'en souvient pas. C'est loin.

*


_____La lumière du soleil qui se lève lui brûle les paupières mais un poids lui pèse sur le font. Impossible d'ouvrir les yeux. Alors elle se contente de garder les yeux fermés et d'analyser son cas. Dans son lit, ça elle en est certaine. Mais pas seule, un bras passé sur sa hanche et une main sur son ventre nu le lui confirme. Il y a quelqu'un dans son dos. Quelqu'un qui dort et qui est forcément un garçon. Son ventre nu ? Oui, elle est en débardeur et porte un boxer. Les mêmes que la veille, tout va bien, elle est encore habillée. Alors elle se rendort. Au creux des bras de cet inconnu.


[...]

_____Deuxième tentative. Et cette fois-ci ce fut la bonne. Un rapide coup d'½il à son réveil psychédélique lui indiqua que la mi-journée n'était pas encore terminée. Le yeux dans le brouillard, elle s'extirpa des draps déjà froids à l'endroit où, à peine quelques heures plus tôt dormait une présence humaine qui lui avait gentiment servi de radiateur une bonne partie de la nuit.
Elle long frisson lui parcouru l'échine, la faisant frémir brusquement. Note : penser à monter le chauffage. Elle s'approcha de sa garde-robe et fixa intensément son reflet dans le haut miroir collé sur la porte de celle-ci avant de pouvoir aligner deux pensées correctement. Elle portait toujours son boxer et son débardeur, ses yeux mi-clos et ses cheveux quelques peu en bataille lui donnait l'allure d'un ourson ronchon et mal réveillé. C'était le cas. Elle hésita à descendre manger dans cette tenue quand elle se ravisa, songeant soudain qu'elle vivait avec une tripotée de garçons à la fleur de l'âge. Elle enfila donc un long et épais pull en laine blanche, complètement détendu. Il ne lui couvrait qu'une seule épaule, le col bâillant largement sur l'autre et il ne lui arrivait que bien au-dessus des cuisses mais cela ferait l'affaire. Elle n'était pas si prude, avait cesser depuis bien longtemps de faire la petite fille parfaite et elle savait parfaitement que ses colocataires d'une nuit ne serait pas choqués de la voir ainsi, ils en avaient vu d'autres ...
Mais pourquoi réfléchir autant le matin ? Elle émit un grognement dépourvu de toute grâce, d'étira longuement et prit enfin l'initiative de quitter sa chambre.
_____Elle ne croisa personne dans les couloirs sans fenêtres, elle traversa l'étage et descendit les deux étages d'un pas souple, appréciant la sensation de l'épais tapis rouge sous la plante de ses pieds. Lorsqu'elle entra dans la cuisine, elle fut confrontée à l'étonnant spectacle de trois zombies, la tête plongée dans un bol de café brûlant.
Tom, torse nu et ne portant que son baggy de la veille, les dreads cependant attachées, fixait droit devant lui un point qui semblait être le visage de la jeune fille, ou peut être plus bas. Elle ne releva pas. Bill, quant à lui, buvait à petites gorgées le liquide bouillant et ne l'avait sûrement pas remarquée. Le dernier était Gustav, frais et dispo, les yeux pétillants et le sourire aux lèvres.
Cependant personne ne parla. S'étant appuyée un instant contre le mur pour les observer dans un demi sourire, elle esquissa un sourire en signe de bonjour et se dirigea vers le frigo, passant comme un fantôme devant eux.
_____- On a réveillé Maxime pour qu'il nous fasse un p'tit dej' mais il est repartit se coucher tout de suite. Je crois qu'il dort sur le canapé puisqu'on ne l'a pas entendu remonter.

_____Gustav. Toujours le souci de bien faire sans déranger. Dos à lui, la tête dans le réfrigérateur, elle ne lui adressa en signe de réponse qu'un simple pousse levé. Elle sortit trois canettes de Red Bull, s'assis en tailleur sur le plan de travail et se descendit les trois petites boîtes métalliques d'une traite sous l'½il éberlué de Tom et Bill, plus réveillé que quelques minutes auparavant.
_____- Cette fille est dingue, constata Tom sans détacher son regarde d'elle qui finissait à l'instant la dernière canette.
_____- Tu l'as dit bouffi, termina Bill avant de replonger la tête dans son café.
_____- Tu devrais t'arrêter là..., la conseilla Gustav, apparemment le seul à peu près responsable de tous ces faits et gestes dans la pièce. Il s'approcha doucement d'elle, lui retira délicatement la dernière boisson énergisante des mains et jeta le reste à la poubelle. Tu veux un truc à manger ?

_____Un éclair passa soudain dans les yeux de la jeune fille, comme si elle s'animait à nouveau. Elle parut tout de suite plus réveillée et d'une voix un peu enrouée elle déclara :
_____- Non merci, ça ira. Je vais me faire un chocolat.
Un large sourire s'étira sur ses lèvres et Gustav parut plus rassuré. La journée commençait.
Le lait chauffait, les tartines grillaient et un tas de confitures furent sorties des placards, la bonne humeur s'était emparée de la pièce. Les quatre ados émergeaient le plus naturellement du monde, en déjeunant et en discutant. C'était elle qui engagea la conversation la première.
_____- Au fait, vous avez quel âge ? Hier soir je ne me souviens pas de tout, et on a pas autant discuter que ça ...tout court.
_____- J'ai 16 ans.
_____- Moi aussi.
_____- Et moi 17.
_____- C'est injuste, vous paraissez plus matures. Je suis tellement petite que peu de personnes me croient tout de suite, je suis parfois obligée de leur montrer mes papiers...

_____Elle afficha un air faussement contrariée et leur tira la langue voyant qu'ils s'apprêtaient à se moquer d'elle.
_____- Arrêtez, ça craint !
_____- C'est vrai que t'as un visage un peu enfantin, mais t'as non plus l'air d'être si jeune que ça...
_____- Gna gna gna ! Mais parlez un peu de vous, moi ça fait à peine un jour qu'on se connaît et vous êtes déjà dans ma cuisine, à moitié habillés alors que je ne sais presque rien de vous. Je sais même pas comment vous avez atterrit dans ce trou à rats...

_____De nouveau ce fut la confusion générale. Mais la providence fit que Dieu exista à cet instant car le lait se mit à bouillir et Flo entra dans la cuisine.
_____- Salut les mecs !
_____- Hey ! Salut ! jamais Tom ne remercierait assez Flo de les sauver de cette si fâcheuse posture.
_____- Ça va ? Bien dormi ?
_____- Ouai tranquil.
_____- Parles pour toi, t'as ronflé comme un camion !

_____Hilarité masculine. Puis Flo s'approcha de son amie toujours de dos, la pris par les hanches et déposa des lèves dans son coup, les effleurant doucement dans un souffle presque inaudible « Bonjour petit Ange ».
Les trois autres se sentirent tout à coup de trop, mais une nouvelle fois ils furent sauvés de ce malaise récidiviste par l'arrivée fracassante de Noé, plein de classe, coiffé et habillé qui hurla un bonjour en français dans le texte à en faire trembler les murs.
Tous mangèrent dans la joie et la bonne humeur. Maxime fini par être réveillé d'un tel raffut et se joignit à eux. Georg entra en scène quelques minutes plus tard et demanda poliment s'il pouvait se servir du fer à lisser.

_____Il devait être aux alentour de quatorze heures quand le calme revint dans la cuisine. Gustav, Maxime, Georg et Noé disparurent dans le studio de musique pendant que Tom apprenait la vie et se faisait défoncer pas Flo à Taken 4 sur Playstation.
A l'étage, Bill hésita longuement avant de se décider à frapper à la porte orange. Deux petits coups secs. Au début il n'y eut rien, puis un grand bruit sourd et des pas précipités. La porte s'entrebâilla lentement, et Bill put furtivement apercevoir un joli minois barré d'une mèche noire dégoulinante d'eau.

_____- Ah c'est toi. Tu veux entrer ? elle avait dit ça comme si cela ne l'arrangeait pas, mais en se forçant à poser la question, juste dans le but d'être agréable.

_____Il hésita. A vrai dire il n'avait aucune raison apparente de la déranger. Pourtant cette fille provoquait en lui quelque chose d'intrigant et d'inconnu. Oui c'est ça, elle le fascinait, l'intimidait. Lui le grand Bill Kaulitz en prenait cher pour son matricule et sa dignité souffrait aussi, savoir qu'une personne en apparence des plus simple puisse le déstabiliser à ce point l'énervait. Il voulait comprendre. Alors il accepta d'entrer en territoire ennemi.
Elle ouvrit plus largement la porte et le laisse passer, refermant soigneusement derrière elle.
Aussi paradoxal que cela puisse être, Bill ne parvint pas se convaincre d'être énervé contre elle. Il se remémora les circonstances de leur rencontre. Cette fille qui dégageait tant de choses sans ouvrir la bouche, juste en étant présente, cette fille marchant dans la neige. Et la veille, l'ambiance dans laquelle il s'était retrouvé sur le pas de sa porte, elle pareille à une âme errant sur la Terre, aussi froide que la glace. Il revit aussi le moment où elle les avait présentés à ses amis, son sourire, son humour, sa bonne humeur. Et le matin même, n'avait-elle pas été merveilleuse, une maîtresse de maison digne de ce nom.
Maintenant elle se trouvait devant lui et il senti à nouveau la température baisser de plusieurs degrés, il vit cette étrange bulle invisible se reformer autour d'elle. Carapace de verre. Aussi résistante que le fer et aussi souple qu'une bulle de savon. C'était donc ça son secret. Faire entre les gens qui l'entoure dans sa bulle pour qu'ils s'y sentent bien ; mais la garder pour elle seule lorsqu'elle est séparée du groupe. Le Soleil et le Nuit, le chaud et le froid, l'Enfer et le Paradis. Comment pouvait elle être ces deux personnalités à la fois ?

_____Debout au milieu de la chambre, simplement vêtue d'une serviette blanche chastement enroulée autour de son corps frêle, elle regardait par la fenêtre. Consciente du regard cuisant dans son dos elle n'osait se retourner. Ses cheveux et le reste de son corps achevèrent de mouiller la moquette rouge et moelleuse. Tant pis.
_____- Je suis désolé de te déranger, fini ta douche, je reviendrai après si tu préfère.

_____Il se retourna et se dirigea vers la porte.
_____- Non reste.

_____Il revint sur ses pas, elle ne bougea pas. Il vint se mettre à côté d'elle et regarda à son tour vers la fenêtre.
_____- Qu'est ce que tu vois ? lui demanda-t-elle d'un ton absent.
Après un bref coup d'½il au dehors il la regarda elle, la détailla et murmura :
_____- Une jeune fille énigmatique, mystérieuse, qui possède beaucoup de classe mais néanmoins est en train d'attraper un rhume foudroyant, va t'habiller « petit Ange ».
_____- Ce matin là les corbeaux accompagnèrent le levé de l'astre solaire. La Vie ouvrit les yeux et s'étira sous la douce chaleur de l'aube. La neige fondit et le givre se transforma en eau. Les fleurs s'ouvrirent, les arbres virent leur ombre apparaître. Les rayons du Soleil envahirent la plaine. Mais voici la Lune qui apparaît. Elle chasse le jour, tire derrière elle la Voie Lactée et ordonne à son armée de fidèles étoiles d'attaquer. Le Monde de la Nuit terrifie, angoisse et chasse le Bonheur de son opposé. Les fleurs se ferment et fanent, l'ombre des arbres devient une masse noire et malsaine. Dans la forêt, le Peuple de la Nature fait son ½uvre. Et nous les elfes, nous qui fuyons le soleil et tous ses rayons, avec le char de la triple Hécart, nous poursuivons l'obscurité comme un rêve qui se dilate. Plus ailés dans notre monde que la lune vagabonde. Ô nuit horrible ! ô nuit aux couleurs noires ! Ô nuit qui est partout où le jour n'est pas ! Ô nuit ! ô nuit ! hélas ! hélas ! hélas ...

_____Elle termina sa phrase dans un murmure, aucune expression ne se lit sur son visage. Comme sortie de sa transe, elle cligne des paupières, passe devant Bill sans un mot et entre dans la salle de bain accolée à sa chambre.
Abasourdi, Bill s'assied sur le lit, la tête baissé et les mains pendant entre les jambes.
_____- C'est beau. C'était quoi ? lui demande-t-il sans se retourner, de peur qu'elle n'ait pas fermé la porte.
_____- Un peu de moi, et du Shakespeare aussi.

_____Elle reparaît. Dans un ensemble de sous-vêtements assortis à l'effigie de Pucca. Elle termine de se sécher les cheveux avec une serviette.
_____- Euh ...
_____- A d'autres ton petit numéro de garçon effarouché.
_____- ...
_____- Dis ? J'adore comme tu t'habilles, tu voudrais pas me choisir les habits ? S'il te plaît. En lui disant ça, elle prit un air implorant. « Elle est complètement différente d'il y a à peine trois minutes. Serai-je entré dans la Bulle ? »

_____- Si tu veux. Je peux fouiller ? ses yeux brillaient, il est clair qu'il en crevait d'envie depuis bien plus longtemps qu'il ne laissait le croire.
_____- Of course, you can. Mais n'y passe pas non plus trois heures ...je suis pas très habillée.
_____- Tu ferais bien de mettre un pull, je suis encore plus long qu'une fille pour choisir des habits.
_____- Zut ! Moi qui pensait que ce serai l'inverse !

_____Faussement frustrée elle se glissa sous la couette. Elle se souvint soudain du mystérieux inconnu qui dormait dans son lit. Ce n'était sûrement pas Bill, puisqu'il avait dit avoir été dérangé par les ronflements de son frère. Et à moins qu'ils n'aient été trois dans le lit, cela se révélait impossible. Elle pensa à Flo, mais la laisser seule au réveil ne faisait pas partie de ses habitudes. Quant aux autres ...impossible de savoir.

_____Bill vidait petit à petit le contenu de la garde robe sur la moitié du lit non occupée, mais bientôt le sol se joncha aussi de vêtements.
_____- EUREKA !
_____- Quoi ! Les martiens attaquent ? On m'a volé ma guitare ? Je suis morte ?

_____La jeune fille, trop prise dans ses réflexions et lassée d'attendre que Bill ne se décide, s'était assoupie.
_____- Non non. Don't panic ! J'ai toujours rêvé de dire ça ..., devant son air suspicieux il continua, j'ai trouvé de quoi t'habiller !
_____- Montre.

_____Il lui détailla les habits et elle les enfila. Un jeans complètement mort, troué de partout qu'elle avait attaqué au cutter, laissait entrevoir des chaussettes rayées au couleurs de l'arc-en-ciel remontant jusqu'au haut de ses cuisse, une ceinture à clou en forme de pyramide et un haut de toile blanches, , serré sous la poitrine, aux manches bouffantes, et dénudant ses épaules.
_____- Merci !

_____Bill senti qu'elle voulu ajouter quelque chose mais il la devança.
_____- Pas la peine de te torturer l'esprit, passe moi ta trousse à maquillage, je vais faire des miracles !
_____- Ça se voit autant que j'en ai envie ?
_____- Oh oui ! Tellement que ça clignote au-dessus de ta tête !
_____- Aaaah tu m'énerves ! Allez viens !

_____Elle l'entraîna dans la salle d'eau, lui indiqua où se trouvaient ses produits de beauté et s'assis sur le rebord du lavabo. Voyant Bill s'approcher avec un eye-liner et du mascara elle ferma les yeux. Elle sentit la pointe fraîche du pinceau sur sa paupière. Rapidement en se rendit compte que Bill s'approchait tellement qu'elle pouvait sentir son souffle sur ses lèvres et aurait pu le détailler minutieusement si elle ne maintenait pas ses yeux fermés pour ne pas déconcentrer l'artiste.
Il s'arrêta, satisfait. Elle ouvrit les yeux et s'approcha du miroir, le résultat lui convenait parfaitement. Ses yeux s'en trouvaient agrandis et ces cils encore plus envoûtants.
_____- Allez, on ne perd pas la main, on a encore du boulot !
_____- Quoi ?
_____- Bah... jusqu'à nouvel ordre t'as bien deux yeux comme tout le monde !
_____- Je ...oui...non...mais c'est pas la peine...et puis avec ma mèche on verra rien...
_____- Si si ! allez !
_____- Mais non j'te dis! C'est une perte de temps ! elle paniquait et son visage s'en trouvait tout déformé. Une peur panique que son secret ne soit découvert. Personne n'était au courrant, sauf quelques rares personnes de sa famille.
_____- Fais pas ta timide, espèce de coquine !

_____Elle venait de plaquer sa main sur la partie gauche de son visage, défendant l'accès à son ½il maudit. Bill s'approcha dangereusement mais elle prit la fuite et disparu dans la chambre. Mais le bougre courrait plus vite, la taille de ses jambes ne pouvant rivaliser avec celle de la jeune fille. Il lui saisi le poignet et la jeta un peu sauvagement sur le lit. Il bloqua ses jambes en s'allongeant à demi sur elle. Alors qu'il allait se saisir de ses poignets pour l'empêcher de bouger, il prit soudain conscience de la volonté qu'elle mettait à ne pas lui montrer son ½il. En effet, il put lire sur son visage une panique qu'il n'avait jamais vue ailleurs. Le sentiment de la proie traquée par la bête tapie dans l'ombre.
Il desserra son emprise et se rassit sur le lit. Elle resta couchée.
_____- Désolé ...je voulais pas...
_____- C'est pas grave.
_____- Si ! Tu ne veux pas et je t'aie forcée ...
_____- Tu ne pouvais pas savoir, t'inquiètes pas, je t'en voudrais pas pour ça.
_____- Mais, c'est bon, je sais que tes yeux sont marrons ...t'as pas mis de lentilles ce matin. Enfin je veux dire ...si c'est ça qui te dérange...
_____- C'est pas ça. Et j'ai pas spécialement envie d'en parler.
_____- Pardon.
_____- Arrête de t'excuser.
_____- Déso... D'accord.

_____Elle éclata de rire. Bill, tout penaud, se tenait la tête dans les mains et fixait ses pieds.
_____- Je te fais si peur que ça ?
_____- Hein ? Non non.

_____Confusion cérébrale générale. Pourquoi est ce qu'elle l'avait regardé comme ça ? Ce regard qui vous tuerait sur place. Ce regard affolé. Il s'en souviendrait toute sa vie. De ses yeux. Ou plutôt se son ½il, aussi expressif que les deux réunit.
Elle n'était pas naïve, bien qu'il soit de dos elle savait qu'il se sentait coupable. Ses épaules crispées et sa tête baissées signifiaient bien son mal-être actuel. Elle se leva, lui prit la main en signe de réconfort et l'entraîna dans les escaliers avec elle.
_____Arrivé en bas, il retrouva le sourire et se joignit aux joueurs de console.

_____- Ça tente quelqu'un un concert privé ?

# Posté le vendredi 08 février 2008 11:29

Modifié le samedi 16 février 2008 15:45

Sometimes I feel like everybody's got a problem.

_____Pause. Review. Play. Silence dans la salle. Gustav, Maxime et Noé qui sortaient à l'instant même du studio restèrent interdits. Bill lâcha la manette qu'il tenait dans ses mains et celle-ci parti s'écraser sur le tapis dans un bruit mat. Flo ne laissa transparaître aucune émotion et Tom fixait intensément l'écran de la télévision qui affichait un éternel « pause » clignotant sur un fond de course de voiture. Maxime tenait encore la poignée de la porte dans un geste figé, les deux autres se tenaient droits comme des i, les bras ballants. Elle seule réagit. Des centaines d'expressions traversèrent ses yeux et l'on senti qu'elle se posait mille questions. Doute, peur, panique, horreur.
- Qui est ce qui à posé la question ? une voix faible, un murmure étouffé, sorti de sa gorge nouée. La peur d'être découverte la hantait à cet instant précis. Non, impossible.
- Moi.

_____Cette voix assurée, tous les visages se tournèrent vers Flo, pas le moins à l'aise du monde. Il lança un regard protecteur à son amie et elle se détendit instantanément.
- Ça te dérange mon Ange ?
- Non.

_____Ce fut à son tour d'être observée. Quoi ? Quoi ? QUOI ? Qu'est ce qu'ils avaient tous à la reluquer comme ça. Elle leur lança un regard noir et détourna les yeux.
- Bon on y va ?
- The show must go on.

_____Les allemands affichèrent une mine réjouie. La veille la gente masculine en forte proportion dominante, évoqua à maintes reprise le sujet de la musique. A l'évidence, la formation du groupe suisse fut révélée mais aucun n'accepta de jouer pour la simple et bonne raison que l'alcool coulant dans leur sang ne leur permettait pas d'aligner deux notes correctement.
_____C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent tous à nouveau dans le studio, pour le meilleur et pour le pire. Bill, Tom, Gustav et Georg répartis sur les canapés, une boisson à la main et le sourire aux lèvres. L'impatience se lisait sur leur visage. Cependant elle décela autre chose dans leurs yeux. Quelque chose qui lui paru étrange et déplacé, malgré qu'au fond d'elle sache pertinemment pourquoi. Ce quelque chose était ...de l'envie ?
Personne à part elle ne remarqua rien. Dans l'excitation, personne n'y fit attention. Noé s'installa derrière sa batterie, Maxime passa la sangle de sa basse et à la surprise générale, Flo se plaça derrière le micro. Bill était étonné et cela se voyait. Il ne sut dire pourquoi, mais jusqu'ici il se persuadait qu'elle chanterait. Elle. Pas lui.
_____D'ailleurs on attendait plus qu'elle. Mais elle tardait à se mettre en place.
- Qu'est ce qu'il t'arrive encore ? s'enquit Flo sans se retourner, un air de lassitude dans la voix.
- J'ai paumé ma guitare.

_____Il se retourna d'un bloc, l'affolement en plus dans les yeux. Elle, la fierté de leur groupe ne pouvait pas perdre sa guitare. Sa chair, son sang, « sa fille » comme elle se plaisait à l'appeler.
Elle jeta un regard affolé autour d'elle. Aucune trace de son étui chéri. Ne pas paniquer, ne pas paniquer, NE PAS PANIQUER.
- Et on va pas niquer longtemps ...

_____Elle regarde son interlocuteur, interloquée. « HEIN ? QUOI ? MAIS IL ME VEUX QUOI CELUI-LA ! »
- Gné ?
- T'as pensé tout haut.
- Ah.
- Mais je t'en prie, continue c'est mignon.
- Vas te faire foutre Noé, et aide moi à chercher cette saloperie de guitare.
- Saloperie ? A te voir on prétendrait plutôt le contraire. Et ne me dit pas non, je sais que c'est plus précieux que ta propre existence, ce que tu appelle « saloperie ».
- T'as très bien compris ce que je voulais dire.

_____Elle détale comme un lapin en laissant claquer la porte métallique sur elle.
- Cette fille est un vrai courant d'air.
- JE T'AI ENTENDU CRETIN !

_____La voix s'étouffe avec la distance. Moins d'une demie minutes plus tard elle revient, essoufflée et heureuse à en mourir.
- Je l'ai trouvée !!
- Et elle était où Mademoiselle tête en l'air ?
- Dans ma chambre ...

_____Des yeux tout penauds, un sourire et des éclats de rire plus tard, elle ouvre son étui et sort sa guitare. Elle était de dos et passa la sangle et brancha son jack sur l'ampli.
A peine se mit elle face à eux qu'elle les yeux de Tom s'agrandir de façon démesurée et sa mâchoire se décrocher. Elle tourna la tête vers son bassiste, il lui fit un signe avec le pouce en l'air, hilare. Flo eut un sourire en coin des plus énervants, Noé les yeux brillants fixait le peu de l'instrument qu'il pouvait voir.
Ç'avait beau faire plusieurs mois que cette merveille est là, jamais il ne s'en remettrait, il la trouvait toujours aussi splendide. Pour lui, personne d'autre qu'elle ne méritait mieux ce bijoux. Ou plutôt non, depuis Kurt Cobain, personne d'autre qu'elle n'était assez digne pour prétendre jouer sur une telle rareté.
Tom essaya tant bien que mal de parler, tenta d'articuler, histoire d'aligner trois mots convenablement pour former une phrase construite et avec un sens. Peine perdue.
- Je ...j'y crois pas ...sa guitare ...waouh ...
- Mais c'est très bien tous ça Tom, se moqua Bill, t'es sur que tu vas t'en remettre ?
- Mais ...regarde ! C'est ...c'est une ...Gott j'en reviens pas ...
- Sujet, verbe, complément, essaye pour voir, je t'assure que ça fonctionne très bien.

_____Pour toute réponse, Gustav eut droit à un regard de tueur aussi ravageur que la bombe sur Hiroshima. Georg pleurait de rire et Gustav continua de charrier son ami encore quelques minutes, encouragé par le fou rire incessant de son fidèle public. Car dans les mains de la jeune fille luisait une Fender Stratocaster aussi blanche que la neige du Premier Jour.
Rose de fierté elle fit mine d'accorder rapidement son instrument et lorsque enfin Tom eu finit de baver comme un crapaud, le groupe de quatre amis pu se donner en spectacle. Ils jouèrent une demi douzaine de leurs meilleures compos. La voix de Flo se mariait parfaitement avec la mélodie, les accords de la guitariste coulaient de source, ils semblaient tellement évidents, comme s'ils lui collaient à la peau, Maxime et Noé nouaient l'ensemble pour former un merveilleux ensemble parfaitement synchronisé.
Ils formaient un tout. Et les quatre allemands en restèrent subjugués.
_____Inconsciemment ils se jurèrent de garder graver dans leur mémoire ce concert d'une autre dimension. A cet instant ils réalisèrent que la musique semblait si simple entre leurs mains que si un jour, ce groupe de suisses devenait célèbre et traversait les frontières, ils auraient un sérieux souci à se faire.


[x]
Ecoutez le dernier album
de Simple Plan, c'est de
cette façon que je perçois
la musique qu'ils font.

[...]

_____Un silence suivit leur prestation. Tom gardait les yeux rivés sur l'objet de tous ses désirs, ce fut Bill qui brisa la glace.
- Je ...merde les gars vous êtes excellents.
- Merci, chuchota Flo un peu perturbé par tant de reconnaissance.
- Hey, ne sois pas gêné, c'est dit en toute franchise.
- Vous assurez grave, compléta Tom.

_____La séance de compliment aurait pu continuer longtemps si le téléphone de Georg ne se mit pas à sonner comme jamais. Sa sonnerie ressemblait à une sirène de police, ou de pompier ...toujours est-il que c'était assez ...alarmant.
En effet il grimaça et les trois autres semblèrent se souvenir de quelque chose de très important. Bill ouvrit de grands yeux, étouffant de sa main un cri muet, Tom se mordit la lèvre et Gustav prit une mine soucieuse. La main de Georg trembla en saisissant son téléphone. Il hésitait à répondre. Finalement il décrocha et lança l'appareil à Bill.
- Ah non, non pas moi !

_____Il rattrapa de justesse le mobile, mais comme si celui-ci lui brûlait les mains il l'envoya à Tom qui eut un réflexe au moins aussi lâche puisqu'il le lança à son tour à Gustav.
- Vous faîtes chier ! Je vous l'avez dit qu'on aurait du le prévenir hier !
- Allez ! Gus' te fais pas prier ...aller ...fais le pour nous ...pitié !
Georg, Bill et Tom lui firent des yeux suppliants dignes de cockers malheureux et après une courte réflexion, Gustav sembla renoncer, soupira et porta enfin le téléphone à son oreille.
- Allô ? fit il le plus innocemment du monde.

_____La personne à l'autre bout ne devait pas être heureuse d'avoir attendu aussi longtemps puisque Gustav éloigna soudainement le téléphone de son oreille. Après un court échange ponctué de grimaces et de soupirs, Gustav raccrocha.
- Il a dit quoi ? s'enquit Tom.
- « Vous avez intérêt à rappliquer vite fait bande de garnements ! J'vais vous passez l'envie de disparaître une nuit entière vous allez voir ! » imita Gustav avec une voix grave fichtrement ressemblante car les trois autres tressaillirent.
- Qu'est ce qu'il se passe ? interrogea-t-elle, visiblement aussi perdue que ces trois amis, peut être un poil irritée aussi.
- Heu ...en fait on a quelque peu ...omis de prévenir qu'on sortait hier...
- Ah ! fit-elle las, un sourire moqueur sur les lèvres. Et qui est le pauvre responsable qui vous attend de pied ferme ?
- David, murmura Bill confus. Il baissa la tête.
- Heu ...au risque d'être indiscret, c'est qui ce gars ? se hasarda Maxime.

_____La réaction se fit quelques peu attendre. Gustav soupira une nouvelle fois, Georg se mit à réfléchir ardemment, du moins il en avait l'air, tandis que Bill et Tom se jetèrent un coup d'½il discret qui n'échappa pas à la jeune fille. « Y'a quelque chose qui cloche. »
- Bon écoutez, c'est pas grave, si vous ne tenez pas à nous le dire, c'est votre problème. Mais je ne veux pas être complice d'une fugue de quatre ados un peu énervés contre leurs parents !

_____Elle avait dit ça sévèrement et chacun compris que cette situation un peu douteuse quand au statut des allemands sous son toit commençait à la fatiguer.
- C'est pas pour autant que j'ai l'intention de vous chasser. Ni de vous faire la morale, vous avez une mère pour ça. En revanche je ne suis pas contre le fait que vous régliez votre souci avec ce David et rapidement.
- Je suis d'accord avec elle. Personnellement j'en ai marre de me faire péter les oreilles à chaque fois, sous prétexte que les jumeaux aiment sortir en douce et ont un certain besoin d'adrénaline chaque jour.
- Gus' t'es chiant, railla Tom. Il n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce fût, quatre personnes venaient de réagir au quart de tour et hurlèrent d'une seule voix :
- LES JUMEAUX ????
- Bah oui.
- Ah oui pardon, c'est vrai que c'est flagrant ! Franchement ça saute aux yeux, comment ai-je put ne pas m'en rendre compte plus tôt ?!
- Qu'est ce que t'as à en faire tout un plat si tu trouve ça si évident ?
- Mais c'est ironique ! rétorqua Noé à ce pauvre naïf de Gustav. Sérieux vous êtes jumeaux ? demanda-t-il en se tournant vers Bill et Tom.

_____Les deux concernés se regardèrent, se fixèrent dans le blanc des yeux un instant avant de se détailler mutuellement et de lâcher un « Ah non ! » de dégoût à l'intention de l'autre. Puis ils éclatèrent de rire.
- Désespérant, déclara Georg en passant sa main sur son visage ce qui valu une crise de rire du reste du groupe.

_____Finalement le sujet ne fut pas étendu et ils ne surent pas si ces deux là provenaient bien du même endroit. « Une chose est sûre, jumeaux ou non, je plains leur mère ! » songea-t-elle moqueuse.
_____En milieu d'après-midi, Gustav, Georg, Tom et Bill prirent congé de leurs amis, prétextant que David poireautait depuis assez longtemps. La neige fondait tranquillement mais Flo leur assura qu'ils n'étaient pas prêts de repartir de si tôt étant donné la quantité de matière blanche encore présente dans le jardin. Ils se promirent donc de se revoir, dès que le problème « David » serait réglé. Noé, Maxime et Flo décidèrent de partir en même temps qu'eux, si bien qu'elle se retrouva seule chez elle à peine quelques minutes plus tard.

_____Elle referma la porte sur sept joyeux lurons quittant la propriété en riant. Elle les observa disparaître au coin de la rue à travers la fenêtre de sa chambre. Longtemps elle fixa ce triste paysage gris en se remémorant les dernières vingt-quatre heures. Elle se dit alors que cela lui faisait un bien fou de rencontrer de nouvelles personnes et se demanda pourquoi elle ne le faisait pas plus souvent. « Parce que je suis sujet à de vives critiques et que trop de gens s'y fient, voilà pourquoi. » se rappela-t-elle. La connerie humaine était vraiment à pleurer.
Elle rangea les restes du passage de ses amis dans la maison, et comme chaque fois elle constata que ce genre de fêtes improvisées se passait chez elle. Une fois la maison remise en état elle s'enfonça dans le canapé du salon. Nuit vint se lover près d'elle en ronronnant.

_____Elle resta sans doute plusieurs heures ainsi, à méditer sur le pourquoi du comment de la conscience humaine, l'art, la musique, la nourriture ou simplement à rêver. Ces moments d'absence lui procuraient un bien auquel aucune drogue ne pouvait prétendre concurrencer, mais elle savait que trop bien que cela la perdrait, elle y passait beaucoup, beaucoup trop de temps. Soudain elle se leva, faisant au passage éjecter son chat du divan, couru chercher sa guitare et se mis à jouer. Une mélodie qui lui vint à l'instinct, au feeling. Ses doigts courraient sur les cordes, elle se plu même à se dire qu'elle trouvait ça joli. Aussitôt après elle s'empara du bloc note qu'elle trimballait partout, se saisi d'un stylo noir – oui, il fallait qu'il soit noir – et commença à griffonner l'ébauche d'une chanson.

_____Elle dîna seule, ce soir là encore. Au final ce fut une soirée comme une autre. Ces derniers temps elle se suivaient et se ressemblaient. En dehors de ses sorties avec ses seuls amis, autrement dits trois garçons carrément canons, elle ne considérait pas qu'elle possédait une vis sociale très active. Pourtant dans son lycée de la ville voisine, elle suscitait l'intérêt, la jalousie. Souvent sujet de conversation sans le savoir, elle attirait le regard. Les filles rêvaient de lui ressembler, les garçons les plus téméraires se risquaient parfois à s'approcher d'elle, dans l'espoir de la séduire. Mais c'était sans compter les trois présences masculines qui la protégeaient. Elle-même excellait dans l'art d'envoyer sur les roses même les plus grandes gueules, les beaux parleurs et ceux qui sortaient tout droit de la couverture d'un magasine de mode. Pour ça, certaines la filles la haïssaient, trouvant inadmissible de refuser les avances de gars les plus inaccessibles du lycée. Pour elle ça n'avait aucune espèce d'importance. Elle, n'avait d'yeux que pour Flo.
Il était, comme Noé et Maxime, la coqueluche des adolescentes. Certes ils en profitaient, préférant cependant la plupart du temps la compagnie de leur Ange à eux. Celle à qui ils vouaient presque un culte. Car oui, elle les connu à leur début, dans une situation bien moins enviable que celle actuelle.

_____Ces trois là se connaissaient depuis toujours, enfants il firent les quatre cents coups ensemble et c'est le plus naturellement du monde qu'ils tombèrent ensemble dans ce que l'on appelle un cercle vicieux peu recommandable. Elle les rencontra donc en pleine nuit, alors qu'elle traversait un parc pour rentrer chez elle après une fête. A cette époque elle n'habitait pas encore le trou dans lequel elle vivait aujourd'hui. Son père et elle possédaient un appartement dans une banlieue chic.

_____Elle marchait à vive allure dans la pénombre, le cou rentré dans les épaules et les mains bien enfoncées dans ses poches. Elle n'aspirait qu'à rentrer le plus vite possible chez elle tant la nuit lui faisait peur. Elle se dirigeait vers la place au centre de laquelle se trouvait une fontaine quand elle les vit. Eux, trois gars à l'apparence assez avantageuse, qui la regardaient arriver droit sur eux. En effet ils fumaient, assis sur le rebord de la fontaine. Elle est même persuadée d'avoir vu leurs yeux briller. La seule chose qui lui traversa l'esprit à cet instant fut quelque chose comme « je vais me faire violer ». D'ailleurs ils n'attendirent pas longtemps avant de l'aborder, lui faisant toutes sortes de propositions peu catholiques. Pas naïve pour deux sous elle remarqua vite que ce qu'ils portaient avidement à leurs lèvres ne ressemblait pas à des cigarettes et qu'ils étaient complètement défoncés. Quelques minutes plus tard elle réussi enfin à échapper de ce maudit parc sans trop de conséquences. Un peu troublée et la certitude de ne jamais toucher à cette merde. Elle faisait dire n'importe quoi au plus poli des hauts gradés d'une société. Elle rentra chez elle en cherchant par tous les moyens où est ce qu'elle les avait déjà vu. Leurs visages lui disaient quelque chose. Le soir même elle farfouilla dans ses archives de primaire et trouva une photo de classe datant du cours préparatoire où figuraient son visage et celui de trois autres personnes, étrangement ressemblantes à trois ces garçons. Elle ne se rappelait pas de leurs prénoms ni s'ils furent amis un jour, elle sut simplement que leur route s'était déjà croisée.
La vie repris son cours et elle oublia vite cette soirée. Jusqu'au jour où elle les croisa à nouveau, en plein milieu de l'après midi cette fois-ci. Toujours au même endroit. Sauf qu'elle sortait pour dessiner dans le parc, quant à eux ils revenaient d'une partie de basket entre potes, ruisselant de sueur, le tee-shirt à la main, un ballon sous le bras. Elle les reconnu immédiatement et tenta de se faire le plus petit possible en passant près d'eux. Malheureusement pour elle – ou pas-, ils la reconnurent aussi. Ils l'interpellèrent et à son plus grand étonnement ils s'excusèrent. Finalement ils discutèrent longtemps et au fil du temps il se revirent souvent, liant entre eux des liens aussi forts qu'entre des frères et s½ur. C'est elle qui les sortit petit à petit de leur dépendance à la drogue, pas tant en leur faisant maints sermons et leçons de vie, mais plus parce qu'ils préféraient discuter avec elle plutôt que fumer. Ils se découvrirent une passion commune pour la musique et commencèrent à jouer ensemble. Quelques mois plus tard elle déménagea, pas très loin mais elle en profita pour changer d'établissement scolaire et se retrouva dans le même que celui de ses amis. Ses frères de sang, sa famille, sa joie de vivre. Bien sur elle leur montra la photo de classe où ils figuraient tous les quatre, cela ne fit qu'augmenter la puissance de leurs liens. Au fond, ils étaient faits pour se rencontrer
.


_____Voilà au point où se trouvaient aujourd'hui. Les quatre inséparables. Au lycée, répertoriés dans la catégorie des populaires sans l'avoir voulu, ils constituaient l'exemple même de la classe et tout le monde ne rêvait que d'être un jour admis dans leur cercle.
_____Pour en revenir à Flo, il resterait toujours pour elle celui qu'elle considèrerait comme son premier amour. A la naissance de leur amitié elle n'avait que douze ans et eux treize. Flo représentait son idéal masculin, enfin elle le croyait. De peur de gâcher leur amitié il lui fit rapidement comprendre qu'entre eux ce ne serait pas possible. Depuis lors, elle le vit plus comme un grand frère, leur complicité n'en fut que renforcée. Avec le temps et l'adolescence qui pointait le bout de son nez leur relation devint un peu ambiguë, eux même ne connaissaient pas leurs limites. Mais rien ne se passa. Beaucoup, persuadés qu'ils sortaient ensembles, leurs lançaient des piques – pour la plupart des gens jaloux. Avec Noé et Maxime elle partageait aussi une complicité sans pareille mais c'était différent. Bien sur elle ne pouvait se passer d'eux mais jamais elle n'alla jusqu'à les réveiller en pleine nuit pour se glisser sous les couvertures avec eux ou les embrasser sur le coin des lèvres sans raison particulière.

_____En se remémorant tous ces souvenirs qui couvraient les trois dernières années de sa vie elle alla s'asseoir sur le rebord de sa fenêtre et regarda la pleine lune éclairer son lugubre jardin. Elle se coucha tard. Encore une fois. Vive l'insomnie.
_____Quand enfin elle parvint à s'endormir elle reçu un message qui la réveilla d'une manière peu douce. Son téléphone, disparu sous son oreiller, vint sonner juste au niveau de son oreille. Aussi maudit elle l'expéditeur.

De : Bill à 3 :17

Merci pour cette soirée &nous avoir permis de nous sentir normaux une l'espace d'une journée. David a trouvé un moyen de transport pour partir, on prend le train tout à l'heure vers 10h. On ne se reverra pas alors je te souhaite, à toi et aux gars, de réussir dans la musique ! ;)
Encore une fois, merci pour tout Angela.
Bill Tom Gustav &Georg.


_____Elle haussa un sourcil. Elle soupçonnait bien que quelque chose d'un peu bizarre se passait mais de là à « nous sentir normaux »...Elle ne chercha pas plus loin. Ce qui l'intrigua le plus fut encore ce nom ...

Nouveau message 3 :18

...Angela ?

_____La réponse ne tarda pas à arriver.

De Bill à 3 :20

Angela. On trouvait que ça t'allait bien.

_____Elle ne répondit pas, satisfaite de la réponse. Elle s'endormit presque juste après, son portable dans la main et un sourire sur les lèvres.
_____Lorsqu'elle ouvrit les yeux le lendemain son réveil affichait onze heures trente-deux.
« Ils sont partis » fut sa première pensée de la journée.


Fin de la première partie
.
J'ai un OS à vous proposer avant la suite,
ça vous interesse ou pas du tout ?

# Posté le mardi 19 février 2008 16:53

Modifié le samedi 01 mars 2008 17:29